qualité de l'enseignement supérieur

Evaluation de la qualité des institutions d’enseignement supérieur labellisées par l’UEMOA

L’une de mes plus belles et grosses missions de l’année 2017 fût le projet PACER (Programme d’Appui aux Centres d’Excellence Régionaux) de l’UEMOA. L’UEMOA a labellisé 38 institutions d’enseignement supérieur, dans 6 pays: Burkina Faso, Sénégal, Côte d’Ivoire, Togo, Niger, Bénin. La mission consistait à aller sur le terrain pour évaluer la qualité de ces institutions et se prononcer sur la continuité ou l’arrêt de la labellisation UEMOA. Nous étions deux, Mohamadou Sy et moi-même, nous nous sommes répartis les pays et les structures. Trois principaux outils méthodologiques ont été utilisés : le questionnaire d’autoévaluation, l’entretien avec les différents acteurs et la documentation. Il s’agissait ensuite de rédiger un rapport d’analyse/d’évaluation 1) de chaque structure, 2) transversal à l’ensemble des structures, 3) ainsi qu’une réflexion sur la pertinence même du PACER. Voici le résumé exécutif du rapport, accompagné des recommandations. Merci à l’UEMOA pour la confiance accordée et merci à l’AUF (via Tété Enyon) pour la gestion logistique de cette grosse mission.


1. État des lieux de la contribution du PACER au renforcement des 38 institutions d’enseignement supérieur

1.1. Formation

Au niveau de la formation, de manière générale, le PACER a contribué à l’augmentation de la visibilité et de la notoriété des centres, entrainant de fait une augmentation du nombre d’inscriptions. Pour favoriser l’insertion professionnelle de ces étudiants, les centres sont conscients de l’importance d’une bonne adéquation formation-emploi. Pour ce faire, outre le passage au LMD, qui est devenu une réalité, le curriculum est souvent envisagé en approche par compétences (APC). Les professionnels sont généralement impliqués dans la définition de ces compétences, et des formations pédagogiques sont proposées aux enseignants. On remarque d’ailleurs que les programmes de formations répondent plutôt bien aux besoins du marché du travail puisque l’insertion professionnelle des diplômés est satisfaisante.
Cependant, quelques éléments à renforcer sont à mentionner ici. Un nombre plus élevé d’étudiants ne signifie pas nécessairement, une augmentation du nombre d’étudiantes. En effet, la proportion des femmes, tant étudiantes qu’enseignantes-chercheures, reste trop faible au sein des institutions. Les dispositifs mis en place pour la promotion des femmes doivent être plus incitatifs. Ensuite, même si les programmes de formation tendent vers l’APC avec une définition des compétences, il conviendrait désormais de franchir une nouvelle étape pour implanter des programmes qui correspondent réellement à l’ensemble des caractéristiques de l’APC. Cette implantation ne pourra se faire sans un pool majoritaire d’enseignants permanents. La proportion de vacataires est encore trop élevée au sein des centres. De la même manière, les formations pédagogiques sont généralement ponctuelles et ne concernent qu’une partie du personnel enseignant. L’ensemble du corps enseignant doit être formé en pédagogie universitaire, avec un suivi et un accompagnement plus soutenus dans leur pratique pédagogique.

1.2. Recherche

Au niveau de la recherche, le PACER a contribué au développement du 3ème cycle et à la promotion des enseignants-chercheurs au CAMES, développant ainsi la recherche au sein des structures. Le nombre de publications et de manifestations scientifiques a augmenté, tout comme le nombre de projets de recherche financés. Ces recherches apportent de réelles solutions aux problématiques socio-économiques des pays. La plupart des centres ont d’ailleurs reçu des labels ou d’autres distinctions pour la qualité de leur formation ou de leur recherche.
Il reste néanmoins des éléments à renforcer. Si les publications ont augmenté, il s’agit principalement de publications de doctorants ou de publications individuelles, à l’unique visée de promotion. La recherche collective et productive constitue le maillon faible de nombreux centres. Ce constat s’explique, entre autres, par le faible nombre d’enseignants-chercheurs permanents, et de rang A, l’insuffisance des ressources dédiées à la recherche, le manque de partenariats et la faiblesse des mobilités sur le plan recherche.

1.3. Cadre stratégique et niveau de performance des centres

Le PACER a contribué à un renforcement notoire des équipements et des ressources documentaires des centres. La majorité des centres disposent d’un plan stratégique, d’organes de gouvernance administrative ouverts et fonctionnels et presque tous ont des organigrammes. Les pratiques de l’audit interne et de l’audit externe sont de plus en plus ancrées dans la majorité des centres, tout comme la mise en place de dispositifs qualité. Toutes les institutions ont mis en place des dispositifs fonctionnels de gestion des projets PACER et les taux d’exécution technique et financière sont satisfaisants dans l’ensemble.
Enfin, la plupart des centres envisagent de développer des stratégies de financement post-PACER.
Quelques insuffisances ont cependant été notées. Certains équipements pédagogiques deviennent rapidement défaillants ou obsolètes, la connexion WIFI est insatisfaisante et le fonctionnement en réseau entre les institutions est à renforcer. Enfin, plus de la majorité des centres ne dispose pas de partenaires financiers ou peine à en trouver de nouveaux.


2. Perception des acteurs du PACER : le niveau d’appréciation du programme par les principaux acteurs des 38 institutions d’enseignement supérieur

Plusieurs bénéfices du PACER ont été mentionnés par les centres. Il s’agit principalement d’un renforcement au niveau des équipements, des compétences pédagogiques et de recherche et de la gouvernance.
Les principales difficultés rencontrées par les centres ont trait aux lourdeurs administratives de l’UEMOA, à la défaillance des fournisseurs et à la gestion du PACER en interne.
Au vu de ces difficultés, les centres proposent des points d’amélioration qui concernent principalement une meilleure gestion de leur projet, la révision des lignes directrices du PACER, ainsi qu’une simplification des procédures administratives et financières de l’UEMOA.


3. Forces et les faiblesses du programme : SWOT

L’une des forces du PACER concerne son soutien financier à des institutions qui apportent des solutions concrètes aux problématiques de la sous-région. Le programme a permis également aux institutions d’améliorer la qualité de la formation, de la recherche et de la gouvernance. La labellisation du PACER a contribué par ailleurs à la visibilité, à la notoriété des institutions et au renforcement de leurs équipements et de leurs capacités.

Par rapport aux faiblesses, durant la sélection des centres, le PACER n’a pas suffisamment mis l’accent sur le diagnostic organisationnel. Concernant la subvention du PACER, la pertinence du financement de certaines activités a été questionnée, tout comme le faible montant attribué aux centres. Au niveau de l’accompagnement technique et financier du PACER, il reste ponctuel et ne s’inscrit pas suffisamment dans la durée. Par son manque de suivi et d’appui, le PACER n’est pas parvenu à initier une réelle communauté de pratiques. Enfin, pour ce qui a trait à la gestion du PACER, le programme est géré selon une approche classique qui privilégie la conduite d’activités et moins l’atteinte des résultats. Cette forme de gestion a entrainé des lourdeurs et des complexités administratives et financières qui ont nui à la réalisation des activités dans les temps impartis.

En termes d’opportunités, on peut noter l’existence d’organisations comme le CAMES, l’AUF, l’AUA et la Banque mondiale qui appuient les institutions d’enseignement supérieur et de recherche. Une autre opportunité à trait aux décideurs : ils s’appuient de plus en plus sur des résultats de recherche pour la prise de décisions stratégiques. Par ailleurs, les autorités de l’enseignement supérieur de la zone UEMOA cherchent à développer l’excellence académique à travers de nouvelles politiques et réformes, comme l’appui à l’assurance qualité dans les institutions d’enseignement supérieur.

Certaines menaces ont été identifiées. D’autres organisations labellisent des institutions d’enseignement supérieur avec des budgets plus conséquents que celui du PACER et des procédures administratives et financières moins lourdes. Ces centres labellisés par d’autres organisations pourraient alors questionner la rentabilité du label de l’UEMOA. Enfin, les crises politiques et économiques pourraient se traduire par l’indisponibilité de ressources financières.


4. Recommandations et propositions d’orientation stratégique pour la prochaine édition du PACER

Recommandations pour l’axe 1 « Renforcement des capacités techniques »
– Recommandation n° 1 : privilégier le financement d’équipements durables plutôt que le financement d’équipements pédagogiques rapidement obsolètes ou défaillants.
– Recommandation n° 2 : encourager les centres à poursuivre les efforts de valorisation, de préservation et le partage de leurs travaux de recherche à travers la numérisation et la mise en ligne.

Recommandations pour l’axe 2 « Qualité de la formation labellisée »
– Recommandation n° 3 : développer la formation pédagogique, en finançant la formation de pools d’experts plutôt que des formations ponctuelles et uniques.
– Recommandation n° 4 : financer la formation d’un pool d’experts APC afin de disposer de programmes APC de qualité.
– Recommandation n° 5 : être plus incitatif sur la mise en place d’une politique de promotion des étudiantes, enseignantes et enseignants-chercheures.
– Recommandation n° 6 : être plus incitatif sur la mise en place de politiques en faveur des étudiants en situation de handicap.
– Recommandation n° 7 : encourager la mise en place de programmes de formation en ligne ainsi que l’accroissement de la visibilité et les ressources internes du centre.

Recommandations pour l’axe 3 « Qualité de la recherche »
– Recommandation n° 8 : inciter les centres à faire de la recherche en exigeant un quota minimum de publications par an dans des revues à comité de lecture.
– Recommandation n° 9 : prévoir une ligne budgétaire pour le financement de bourses doctorales, de manière à renforcer le nombre de titulaires d’un doctorat.
– Recommandation n° 10 : développer la recherche, en finançant la formation d’un pool d’experts en recherche qualitative et quantitative, qui seraient chargés de former leurs collègues.

Recommandations pour l’axe 4 « Réseaux et partenariats »
– Recommandation n° 11 : le PACER devrait davantage s’impliquer pour développer une réelle communauté de pratiques, via la contractualisation avec des centres référents

Recommandations pour l’axe 5 « Financement et gestion du centre »
– Recommandation n° 12 : accompagner davantage les institutions pour améliorer la mobilisation de ressources, afin de mieux assurer leur fonctionnement et leur pérennité.
– Recommandation n° 13 : accompagner davantage les institutions pour améliorer le fonctionnement des organes de gouvernance et la reddition de compte.

Recommandations pour l’axe 6 « Performance de la structure responsable de la mise en œuvre et la gestion du programme au sein du centre »
– Recommandation n° 14 : systématiser l’utilisation du manuel de procédures du PACER en veillant à le rendre plus explicite et facile d’accès.
– Recommandation n° 15 : en plus de la formation en gestion comptable et financière, prévoir une formation pour le comité de gestion du PACER chargé de la passation de marché.

Recommandations transversales
– Recommandation n° 16 : veiller au respect de l’utilisation du label pour les filières et non pour l’institution, car les centres tendent à étendre la labellisation à toutes les filières.
– Recommandation n° 17 : revoir à la hausse les subventions accordées aux institutions afin de leur permettre d’avoir plus d’impact dans leurs activités d’enseignement et de recherche et dans leur politique de développement institutionnel.
– Recommandation n° 18 : les axes de financement sont trop restreints. Il devrait y avoir la possibilité de financer des infrastructures et des bourses pour les étudiants.
– Recommandation n° 19 : inscrire dans la durée un accompagnement formatif du PACER afin de permettre aux centres d’arriver aux standards internationaux de qualité.
– Recommandation n° 20 : accompagner les centres dans la poursuite de leurs objectifs prioritaires, sans définir au préalable des axes budgétaires, mais simplement un plafond de financement.
– Recommandation n° 21 : contractualiser avec des centres de références qui accompagneront les centres les plus faibles dans un domaine bien défini.
– Recommandation n°22 : privilégier l’approche gestion axée sur les résultats dans l’exécution du PACER.
– Recommandation n°23 : améliorer le suivi des institutions soit en contractualisant avec un opérateur extérieur soit en recrutant un personnel supplémentaire pour le PACER.
– Recommandation n°24 : labelliser de nouveaux centres en privilégiant des domaines comme les sciences et les techniques, la paix et les politiques publiques.

1 réflexion au sujet de “Evaluation de la qualité des institutions d’enseignement supérieur labellisées par l’UEMOA”

  1. Votre analyse est très pertinente, il est plus que nécessaire pour le projet de considérer l’ensemble de ces recommandations pour une atteinte réelle des résultats assignés.
    Ce qui est ressorti dans les analyses dans le cadre de la mise en oeuvre du PACER est identique aux projets de développement mis en oeuvre dans les pays Francophones. Les bailleurs investissent des milliards sans pour au tant mettre en place un véritable plan de suivi-évaluation.

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