Pédagogie Universitaire, qualité de l'enseignement supérieur

Evaluation de l’enseignement supérieur en Afrique, assurance qualité: où en est-on?

Où en est-on au niveau de l’assurance qualité de l’enseignement supérieur en Afrique de l’Ouest ?

Depuis quelque temps, mon intérêt se porte sur l’assurance qualité de l’enseignement supérieur. J’ai débuté avec quelques expertises AERES/HCERES et je suis actuellement co-Présidente au sein de l’Agence pour l’Évaluation de la Qualité de l’Enseignement Supérieur (AEQES). Il s’agit d’expertiser la qualité de 29 cursus de formation « Psychologie et Sciences de l’éducation » proposés par les établissements d’enseignement supérieur en Belgique. Espérant que mon expérience se poursuive sur le continent africain, je fais le point ici sur l’assurance qualité de l’enseignement supérieur en Afrique de l’ouest.


CONTEXTE

L’Afrique Subsaharienne francophone est en pleine massification de l’enseignement supérieur. Pour donner quelques chiffres, au Mali le nombre d’étudiants a été multiplié par 4, passant de 20 000 étudiants en 2000 à 88 000 étudiants en 2010. Au Burkina Faso, les effectifs ont été multipliés par 6 : le nombre d’étudiants a augmenté de 11 000 étudiants en 2000 à 61 000 en 2010. L’évolution des effectifs estudiantins a fait augmenter le nombre de diplômés et conséquemment le taux de chômage des diplômés, qui atteint 25% pour les 25-34 ans (Martin, M. 2014). L’enseignement reste trop généraliste et théorique, déconnecté des attentes du marché du travail. Les missions de l’université évoluent, il ne s’agit plus de doter l’élite d’une culture générale, mais bien de préparer les futurs diplômés à un avenir professionnel. L’université doit désormais former des individus autonomes, capables de s’adapter, de prendre des initiatives et d’évoluer (Chauvigné & Coulet, 2010). Trois leviers permettent, selon moi, d’accroître l’employabilité des diplômés:

1. Niveau micro « la pratique pédagogique des enseignants »
Il est nécessaire de former et d’accompagner les enseignants vers des pratiques pédagogiques plus actives. L’objectif serait de passer d’une logique d’apprentissage de savoirs, de transmission de connaissances à une logique d’acquisition de compétences, learning outcomes et d’autoformation avec une grande part d’autonomie dans la formation : rendre l’étudiant acteur pour qu’il puisse développer les connaissances et les compétences attendues sur le marché du travail. Il s’agit là d’une préoccupation très actuelle de l’Afrique subsaharienne francophone.

2. Niveau méso « le programme »
L’équipe pédagogique doit réfléchir le diplôme en termes de compétences à acquérir. L’Approche Par Compétences (APC) se développe de plus en plus dans les universités. Par exemple, l’université Abdou Moumouni au Niger est en pleine mutation vers l’APC.

3. Niveau macro « l’évaluation institutionnelle des pratiques pédagogiques et du programme »
La mise en place d’une démarche qualité. Le soutien de l’institution dans cette démarche est bien évidemment essentiel. L’assurance qualité vise trois objectifs majeurs :
1) « fournir des références, voire des normes, permettant de distinguer les situations bonnes et acceptables des situations inacceptables en ce qui concerne à la fois les secteurs public et privé »
2) « constituer une référence permettant d’entrainer les établissements vers une dynamique d’amélioration des pratiques »
3) « créer la confiance nécessaire pour la reconnaissance mutuelle des diplômes, afin de stimuler la mobilité intra-région et vers l’extérieur » (Martin, M, 2014, p.23).


TROIS NIVEAUX D’ASSURANCE QUALITE

Je m’appuierai ici sur le rapport de l’UNESCO intitulé « Vers l’assurance qualité de l’enseignement supérieur dans les pays d’Afrique francophones de l’Ouest ». Il est issu d’une réflexion collective qui a émergée dans le cadre du projet « Enhancing West African Quality Assurance Structure » (EWAQAS). Ce rapport détaille trois niveaux d’assurance qualité.

1. L’assurance qualité au niveau de la sous-région
Description du CAMES. 19 pays de l’Afrique francophone sont membres du Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur (CAMES). Il s’agit d’une agence régionale d’assurance qualité de l’enseignement supérieur et de la recherche. L’un des rôles du CAMES consiste à réaliser une évaluation institutionnelle des établissements privés et des offres de formation dans le but de les accréditer. L’accréditation est une reconnaissance publique de la qualité d’un programme ou d’un établissement. Il s’agit d’une démarche volontaire de l’établissement et la procédure est payante, compter 4575€ pour l’accréditation d’un master. Le CAMES apporte également un soutien dans la mise en œuvre de cellules qualité au sein des établissements.
Référentiel. Le référentiel du CAMES donne des lignes directrices pour conduire une autoévaluation, une évaluation interne ou externe. Voici les critères d’évaluation pour l’évaluation des offres de formation. Je mentionne ici uniquement les références issues de la rubrique « organisation pédagogique »:
1. Aspects organisationnels du travail pédagogique : 6 critères
2. Détermination des unités d’enseignement en conformité avec les normes CAMES : 2 critères
3. Potentiel scientifique, technique, technologique et professionnel : 3 critères
4. Modalités d’évaluation des apprenants : 4 critères
5. Modalités d’évaluation des enseignements : 6 critères
6. Modalités d’évaluation des enseignements par les étudiants : 6 critères

2. Des agences qualité au niveau national
Description de l’ANAQ. Au niveau national, il y a la mise en place d’agences d’assurance qualité. Leur procédure se déroule toujours de la même manière : autoévaluation, visite et évaluation par les pairs, rédaction du rapport. Depuis 2012, l’ANAQ Sup au Sénégal vise à contrôler, garantir et améliorer la qualité des établissements et des programmes, par un système d’accréditation. Comme pour le CAMES, la demande d’accréditation est volontaire.
Référentiel. Concernant le référentiel d’évaluation des programmes, voici les critères relatifs à la rubrique « Curriculum et méthodes didactiques » :
1. Le programme d’études dispose de maquette structurée et de plans de cours correspondant à une mise en œuvre coordonnée du LMD dans les établissements d’enseignement supérieur au Sénégal : 2 critères.
2. Le programme d’études couvre les aspects principaux de la discipline. Il permet l’acquisition de méthodes de travail scientifiques, garantit l’intégration de connaissances scientifiques et se préoccupe de préparer l’étudiant au marché du travail. Les méthodes d’enseignement sont définies en fonction des objectifs de formation : 7 critères
3. Les conditions d’obtention des attestations et des diplômes académiques sont réglementées et publiées : 1 critère
4. Le programme maintient un taux de réussite satisfaisant. Au besoin, il n’hésite pas à prendre les mesures nécessaires pour faciliter la progression des étudiants : 2 critères

3. Des cellules qualité au niveau des établissements
Présentation de la CellAQ. Les établissements sont eux aussi très investis dans l’assurance qualité avec la mise en place de cellules qualité. En octobre 2014 l’université Abdou Moumoumi au Niger a organisé le lancement officiel de la Cellule d’Assurance Qualité (CellAQ). Cette cellule élabore des outils en s’appuyant sur les référentiels du CAMES et les standards internationaux dans le but de développer l’autoévaluation institutionnelle.
Référentiel. Pour le moment, le référentiel reste en interne, il n’est pas public.


CONCLUSION

Un questionnement perdure concernant la coordination et l’articulation de ces trois niveaux ainsi que leurs rôles respectifs. Le rapport de l’UNESCO pointe quelques questionnements, notamment sur leur rôle (accréditation, audit ou évaluation), la nature du système (volontaire ou obligatoire), l’usage d’un référentiel (pas utile pour un audit et une évaluation), l’unité d’analyse (établissement et/ou programme) et leur portée (secteur public ou privé). Le rapport propose les pistes suivantes :
Niveau régional : L’agence qualité de la sous-région pourrait s’occuper de la coordination, de la supervision, de la création d’un guide de bonnes pratiques, des critères qualité africain, de la création d’un pool d’évaluateurs externes.
Niveau sous régional : Les agences de la sous-région, tel que le CAMES pourrait prendre en charge l’accréditation des établissements. Cette accréditation serait obligatoire.
Niveau national : Les agences au niveau national, telle que l’ANAQ pourrait servir d’organe décisionnel pour tout ce qui concerne les « décisions d’autorisation, d’agrément, de reconnaissance, et même d’accréditation seront prises ». Ces agences seraient une aide à la mise en place de cellules qualité au sein des établissements et pourraient prendre en charge l’accréditation des programmes.
Niveau établissement : Autoévaluation à partir de référentiel ou non. Ces cellules serviraient de relais entre l’agence qualité nationale et leur établissement.


POUR ALLER PLUS LOIN

– Le rapport de l’UNESCO (2014): « Vers l’assurance qualité de l’enseignement supérieur dans les pays d’Afrique francophones de l’Ouest »
– Chauvigné, C. & Coulet, J.C. (2010). L’approche par compétences: un nouveau paradigme pour la pédagogie universitaire? Revue française de pédagogie, 172 [en ligne].

6 réflexions au sujet de “Evaluation de l’enseignement supérieur en Afrique, assurance qualité: où en est-on?”

  1. Je suis tout à fait d’accord.

    Seulement l’applicabilité de l’APC dans les universités et instituts supérieurs en Afrique, se heurte à un problème criant de manque de laboratoires et des matériels didactiques pertinemment idoines pouvant leur permettre de contextualiser les enseignements. Cette situation soulève même la problématique sur les moyens d’enseignement à utiliser en Afrique pour une meilleure maîtrise de compétences professionnelles.

    Je pense pour endiguer ce problème, l’un des maillons de la chaine que l’on ne doit pas laisser en marge sont les entreprises installées dans le continent qui, à mon avis, ont un rôle non moins important à jouer dans la collaboration et la coopération devant en principe exister entre ces dernières et les universités, d’autant qu’elles ont relativement les outils, les matériels, les laboratoires, les ateliers, bref les instruments dont pourraient se servir les étudiants lors par exemple des pratiques et des expériences d’une part, et qu’elles sont censées être aussi les « consommateurs » de ces mêmes étudiants d’autre part.

    Ici, l’idée est que les laboratoires, les ateliers et autres chantiers des entreprises servent, dans une certaine mesure, des lieux d’apprentissage des étudiants. Ce, en vue de remédier tant soit peu à la distorsion en moyens d’enseignement qui sévit généralement le milieu universitaire africain.

    Déjà tu auras compris que mon commentaire est plus axé vers le deuxième levier pouvant accroitre l’employabilité ds diplômés.

    Bien cordialement.

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